#Coffee –best of: l’Équitable Café “L’Economie Sociale & Solidaire, un pari pour le travail social ? “…

 

L’Economie Sociale & Solidaire, un pari pour le travail social ?

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“Ces deux disciplines, par l’engagement militant de ses acteurs, peuvent être de véritables leviers de transformation de nos sociétés et concourent à l’émancipation de l’Homme afin de faire face à la dérive néolibérale, source de dégâts écologiques et sociaux”
Cyril, président et bénévole de l’Équitable Café

Les photos de cet article ont été prises par Célia C. Merci d’en respecter les droits d’auteur ou de citer la source si vous utilisez ces images.


Suite à un échange fort intéressant avec Sophie, je me suis récemment intéressée à l’Économie Sociale et Solidaire. Cette nouvelle forme d’échange a t-elle un lien avec le travail social ? Avec mon travail au quotidien ? Est-ce une réponse à la morosité grandissante de notre secteur ?

Je me suis donc rendue avec mon appareil photo (et mon bébé) à l’Équitable Café, ce café associatif et populaire de Marseille où Cyril et son équipe m’ont aimablement accueilli. 
Je laisse ici la parole à Cyril, entrecoupée s’il le permet par les quelques photos que j’ai pu prendre à cette occasion. Bonne lecture…

 
Pour visiter le site de l’Équitable Café, cliquez sur l’image
 
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
 
Depuis quelques années, je suis investi, bénévolement, dans une association qui œuvre dans le champ de l’Économie Sociale et Solidaire : En Visages/Equitable Café
Parallèlement je suis documentaliste dans une école de formation de Travail Social à Marseille, ville dans laquelle j’habite depuis près de douze ans maintenant. Quotidiennement, je suis donc en lien avec ces deux thématiques mais on aura l’occasion d’y revenir lors de cet entretien.
 
Comment est-ce que tu définirais l’économie sociale et solidaire (ESS) ?
 
Je lui donnerais, selon mon modeste avis, deux axes :
 
– Une visée qui se traduit elle-même dans la formulation, puisqu’il s’agit d’un champ d’investigation de l’économie, qui n’est pas un champ de réparation des carences de l’Etat dans certains domaines. Au contraire, elle est un objet concret basé sur l’investissement (matériel, humain, financier) et la pérennisation autour d’un projet économique ou associatif lié à une dimension sociale et solidaire de proximité. Ces deux termes englobent diverses notions de solidarité, d’éthique, en phase avec un environnement écologique, humain dans un contexte de biens ou de services marchands ou non marchands (par exemple, une maison de la gratuité vient de voir le jour à Puivert, dans l’Aude)… Tout cela, on y revient, dans un objectif pour les porteurs de projets, de citoyenneté économique associée au développement, à la gestion opérationnelle et à la capitalisation financière à visée sociale et non au profit de quelques-uns.
 
– Une seconde approche, essentielle, en filigrane dans le terme place l’humain au cœur du système de développement. Si effectivement, c’est une autre manière d’échanger et de produire, c’est également une autre relation humaine qui s’y instaure. Dans le schéma traditionnel des associations économiques, type SARL, pour faire simple on peut dire que le pouvoir est corrélé directement à l’investissement financier de la personne. Dans l’ESS, on peut souligner que la démarche n’est pas hiérarchique puisque c’est la démocratie qui prévaut car quelque soit la place de chacun, une personne équivaut à une voix sous la forme d’une Société Coopérative Ouvrière de Production. En mode associatif, le temps passé par un bénévole dans l’association ne lui confèrera pas de voix supplémentaire en Assemblée Générale.
Cette volonté démocratique d’équité redonne toute sa place aux citoyen(ne)s que nous sommes !
Ce jour-là, des entrepreneurs se rencontrent pour échanger sur leurs pratiques respectives
Quels sont les principes de l’ESS ? Comment les met-on en application ?
 
Je reprendrai ici les grandes lignes de la charte des acteurs de l’économie solidaire en PACA que nous avons signée Association En Visages en compagnie de soixante-dix acteurs environ. Charte que vous pouvez retrouver in extenso sur le site de l’Agence Provençale pour l’Economie Alternative et Solidaire. (APEAS)
 
1. Des valeurs communes, telles que la solidarité issue de l’action collective, l’autonomie. Chacun avance à son rythme, l’égalité avec le respect des identités, le partage des informations notamment par la création d’outils de mutualisation, la réciprocité des échanges dans le temps. Toutes ses valeurs portées par un réseau d’acteurs exerçant dans des champs qui peuvent être différents : finances solidaires, écologie pratique, travail social, consommation responsable, habitat groupé, informatique libre, agriculture paysanne etc… Des initiatives variées au service de la vitalisation d’un territoire et d’une économie de terrain proche des habitants.
 
2. Un réseau ouvert et coopératif pour ceux qui veulent participer et échanger sur la base de la libre-adhésion : élus, collectivités territoriales, citoyens isolés, associations, mutuelles, coopératives… pour réfléchir et expérimenter le vivre-ensemble et trouver de nouvelles solutions collectives face aux enjeux majeurs ou dans le quotidien des communautés humaines.
 
3. Un engagement autour d’une économie garante de l’équilibre des écosystèmes écologiques et humains. C’est également donner du sens dans la participation et la prise de décision. Enfin ce qui me semble important est de s’impliquer dans une démarche de transparence économique. Je te donnerai l’exemple d’un paysan engagé dans une démarche écologique qui, auprès de ses consommateurs dans une AMAP explicitera sa démarche au niveau du prix, de la quantité livrée, de sa responsabilité de paysan envers la biodiversité, ou du partage des risques avec eux lors d’une mauvaise récolte.
 
Peux-tu nous parler de ton rôle de président à l’Équitable Café ?
 
L’Equitable Café est l’outil pour réaliser l’objet social de l’Association régie par la loi 1901 qui le porte : En Visages. 
 
Nous souhaitons aider ces initiatives par la promotion et la valorisation des alternatives citoyennes et écologiques positives de manière collective avec une équipe de permanents salariés (3) et bénévoles (70).
Cette équipe fait vivre le café au quotidien à travers son engagement avec près de 150 structures qui viennent proposer des événements tout au long de l’année (250 en 2011). 
Notre lieu de 150 m2 est une vitrine pour ces associations qui parfois n’ont pas de local et qui bénéficient ainsi d’un lieu central sur le Cours Julien pour exposer leur démarche au plus grand nombre. La diffusion par notre programmation se fait sous plusieurs formes : débats, projections, ateliers, permanences associatives…. On essaie bien sûr de varier les supports et de co-construire nos événements avec les participants, nous ne sommes pas un loueur de salle !
 
A travers les instances qui rythment la vie associative (réunions d’équipe, du conseil d’Administration, commissions diverses), nous avançons de manière horizontale, collectivement et privilégions le consensus. Depuis qu’En Visages existe, nous n’avons jamais voté en conseil d’administration !
 

Dans le lieu, vous trouverez un bar avec des produits biologiques, locaux ou issus du commerce équitable, une épicerie pour acheter nos produits du bar. Un coin enfant, une bibliothèque, un accès internet, un Kiosque de Presse alternative dans lequel vous pourrez prolonger les thématiques abordées tout au long de l’année grâce à des publications indépendantes, une petite armoire réfrigérée alimentée par la SCOP InYoza qui prépare des encas à grignoter, où chacun se sert !

Nous avons également des supports de communication à l’attention de tous : un site internet, une liste de diffusion bénévole, un agenda participatif pour organiser son temps bénévole et partager des informations avec l’équipe permanente ainsi qu’un grand espace mural pour diffuser l’actualité du réseau !
Si la semaine est plus militante, le samedi est un moment plus festif avec un concert souvent programmé le soir ! Le plaisir demeure une dimension de l’engagement citoyen. Tous nos événements sont gratuits ou en prix libre, nous demandons simplement aux personnes de nous soutenir en adhérant une fois l’an à l’association à un prix libre afin d’être accessible au plus grand nombre. Ce qui se traduit par une diversité de notre public.
 
Quant à moi, président et surtout bénévole, je m’inscris dans une démarche d’animateur de la vie associative et commerciale de l’association. Il s’agit de se faire plaisir tout en travaillant et que chacun puisse s’exprimer, y trouve sa place et que l’association soit aussi porteuse de lien social pour les gens qui la traversent. Il me semble que le président doit garantir et contribuer à porter le collectif qui ne peut s’exprimer que par l’ouverture à l’autre, le respect de chacun et la démocratie. Avec Loïc, qui est le permanent chargé des bénévoles, nous recevons tout nouveau bénévole en réunion d’accueil pour lui présenter l’association, son histoire, son fonctionnement et lui mettre à disposition les outils dont il pourra se servir.
 
Par ailleurs, En Visages est adhérente et membre du CA de l’Apeas, je suis donc présent dans le réseau de l’ESS sur le territoire provençal. A ce titre, j’essaie de faire connaitre l’ESS auprès du grand public, à travers des manifestions ou des communications.
Plus spécifiquement cette année, je me suis inscrit à un groupe de travail sur l’alimentation et la consommation responsable, nous aurons certainement des choses à dire !
Bien qu’elle emploie environ 10 % de la population active en France, l’ESS, en temps de crise, connait une croissance à 2 chiffres, reste néanmoins peu connue du grand public, même si le nouveau gouvernement vient de lui consacrer un ministère. J’essaie d’en parler autour de moi pour peut-être donner l’envie et susciter des vocations !

Quels types de partenariats est-il nécessaire de nouer pour faire fonctionner ce type d’initiatives ?
 
Dès le début en 2003, la démarche partenariale a été forte. 
Les fondateurs d’En Visages étaient trois et ont compris dès lors que pour avancer il fallait “jouer collectif” ! L’association n’avait pas de local, elle écumait les foires et salons en région en proposant des buffets autour du commerce équitable. Cette itinérance à été l’occasion de nouer des contacts avec des collectifs citoyens, des groupes altermondialistes, des associations de plus ou moins grande envergure et notoriété.
Quand l’asso a trouvé un local en 2005, tout ce monde rencontré durant les premières années était prêt pour venir parler de ses pratiques, de discuter autour des semences paysannes, des labels, à proposer son réseau. En fin de compte les partenariats se sont noués au fil du temps. Ils se sont enrichis mutuellement sans aucun formalisme en laissant le temps au temps pour se connaitre.
Encore aujourd’hui, nous bénéficions de ce passé et on ne pourrait pas construire ex nihilo, du jour au lendemain une structure de ce type.
Depuis le début, les instances régionales, départementales sont des partenaires financiers puisque nous avons leur soutien notamment dans leur services liés à l’Economie Sociale et Solidaire.
 
Comme je l’ai dit brièvement plus haut, nous appartenons à des réseaux avec l’Apeas qui co-organise régulièrement des soirées ou des “cafés-projet” dans nos murs avec le Piles (Pôle d’Initiatives Locales d’Économie Solidaire) de Marseille. Nous sommes également partie intégrante de Mesclun, collectif marseillais d’appui aux entreprises solidaires.
Certains comme “le Repaire de Marseille”, investissent le lieu une fois par mois et sont désormais capables d’autogérer une soirée : installation de la salle, format, contenu, animation du débat !
Certaines vont plus loin en nous rejoignant dans le CA puisque l’an dernier, l’association Fokus 21 qui gère une webtv citoyenne. Nous allons mettre ensemble nos compétences et nos moyens pour permettre la diffusion de certaines de nos soirées via leur télé participative. La dernière que nous ayons diffusée était une soirée autour de l’accessibilité lors d’une thématique consacrée au travail social. On y arrive !

 
En quoi l’ESS peut-elle être liée au travail social ?
 
Sans le savoir, Célia tu travailles peut-être dans une structure relevant de l’économie sociale et solidaire ! Les organismes employeurs de travailleurs sociaux font partie des formes d’organisation de l’économie sociale : associations-employeurs relevant du sanitaire et du social, fondations qui viennent s’ajouter aux coopératives et autres associations d’éducation populaire par exemple.
Au-delà de l’appartenance, le travail social tout comme l’ESS porte l’homme au centre de ses préoccupations. L’usager-citoyen est au centre des politiques sociales, et plus concrètement sur le terrain dans vos pratiques professionnelles. Actes éducatifs ou relations d’aides qui doivent être également porteurs de sens dans votre action journalière auprès d’un public qui est souvent la première victime de la réduction des moyens ou la difficulté croissante d’accès aux droits sociaux auxquels vous devez faire face.
 
De ce fait, parce que nos démarches sont tournées vers l’altérité, nous portons également ensemble une dynamique de responsabilité et d’éthique qui incombe à celui ou celle qui prend soin de l’autre afin qu’il puisse s’épanouir dans son environnement ! Les passerelles sont légions à Marseille : je citerai Hygia qui gère un institut de beauté solidaire mis en place par des travailleurs sociaux qui permet à des femmes de quartiers parfois isolées de se retrouver autour d’un thé et de discuter fond de teint et autres crèmes de beauté ! Ou encore l’original modèle économique du GEPIJ (Groupement d’Éducateurs Pour l’Insertion des Jeunes), association d’éducateurs « indépendants » qui accompagnent des jeunes et jeunes majeurs.
 
On a déjà eu l’occasion de l’aborder mais ce terme de réseau-partenariat fait partie de nos vocabulaire-métier. Nous “réseautons” à la recherche de compétences, de savoir-faire, de techniques, de réflexions afin d’avoir cette approche complexe chère à Edgar Morin, de ce que nous tissons ensemble. Dans l’ESS on assiste bien souvent à des réunions pluridisciplinaires, interdisciplinaires pour reprendre le vocabulaire des travailleurs sociaux, avec des professionnels de nouvelles technologies web, gestionnaires, spécialistes des financements, juristes, paysans… Bref, ce réseau social bien réel fait partie de nos atouts communs.
 
En conclusion, c’est une dimension parfois oubliée du travail social à l’heure de sa technicisation, car ces deux disciplines par l’engagement militant de ses acteurs peuvent être véritablement de formidables leviers de transformation de nos sociétés et concourent à l’émancipation de l’homme afin de faire face à la dérive néolibérale source de dégâts écologiques et sociaux.
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Writer editor translator curator @ paper.li jeanwadier
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2 Responses to #Coffee –best of: l’Équitable Café “L’Economie Sociale & Solidaire, un pari pour le travail social ? “…

  1. jeanwadier says:

    On a déjà parlé de l’Equitable Café; on en reparle
    seul restera le lien –d’ici qqs jours.

  2. jeanwadier says:

    Reblogged this on COUAC AU FIAC.

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